« Si vous tuez une personne, on vous envoie en prison. Si vous tuez 40 personnes, on vous envoie dans un hôpital psychiatrique. Mais si vous tuez 40 000 personnes, vous pouvez bénéficier d’un exil confortable avec un compte en banque bien fourni dans un autre pays. C’est cela que nous voulons changer ».

Cette constatation expose la grande difficulté que rencontrent les victimes de crimes contre l’humanité dans leur lutte contre l’impunité. Elle est de Reed Brody, celui que l’on surnomme le « chasseur de dictateurs », aujourd’hui porte-parole de Human Rights Watch.

En effet, cela fait presque vingt ans que ce dernier s’est engagé auprès des victimes de crimes contre l’humanité. Et, deux de ces combats auront une issue qui marquera particulièrement l’histoire.

Le premier est sa participation à la campagne demandant l’extradition du Général Pinochet vers l’Espagne après son arrestation, en 1998 alors qu’il était en visite à Londres, exécutant un mandat d'arrêt espagnol inculpant l'ancien dictateur pour les crimes commis au Chili, pendant ses dix-sept ans de règne (1973-1990).  

En effet, alors que les tribunaux pénaux internationaux pour l’Ex-Yougoslavie et le Rwanda (TPIR et TPIY) voient le jour respectivement en 1993 et 1994 pour les génocides et crimes contre l’humanité qui s’y sont produits, les familles des victimes de Pinochet cherchent toujours à obtenir justice. La compétence universelle, (concept de droit international qui permet à des tribunaux nationaux de poursuivre l’auteur ou les auteurs des crimes les plus graves commis à l’étranger, quelle que soit sa nationalité ou celle des victimes) est alors utilisée par le juge espagnol Baltasar Garzon pour pallier l’inertie de la communauté internationale. 

Mais, alors que l’extradition de Pinochet vers l’Espagne avait été accordée par la Chambre des Lords, la plus haute cour du Royaume-Uni, le Premier Ministre britannique en exercice, Jack Straw, décide de libérer et de renvoyer Pinochet au Chili, sur le fondement de rapport médical après de multiples incidents de procédure. Les pressions diplomatiques ne sont certainement pas étrangères à cette décision. Bien que ces actions judiciaires n’aient pas permis que Pinochet soit jugé, le mythe de l’impunité a été rompu. 

C’est en 1999 que Reed Brody s’engage dans son second combat: la poursuite de Hissène Habré, le « Pinochet Africain » à la tête du Tchad de 1982 à 1990. Son procès s’ouvrira finalement le 20 juillet 2015 devant les Chambres Africaines Extraordinaires à Dakar devant lesquelles il comparaîtra pour des faits de crimes contre l’humanité, torture et crimes de guerre. 

Pour la première fois, les tribunaux d’un État vont juger l’ancien dirigeant d’un autre État accusé de crimes contre l’humanité et autres violations de droits de l’Homme. Ce sera également la première fois que l’utilisation de la compétence universelle aboutit à un procès sur le continent africain. C’est donc un vrai soulagement pour les victimes qui attendent depuis 24 ans que justice soit faite.

Le Globe Lawyer reviendra sur le sujet à l’occasion d’un prochain numéro sur la justice pénale internationale.